Guide du Noob #3 – 5 règles d’or quand on veut être plus écolo

En fait j’aurais dû publier celui-ci en premier. Mais je n’ai aucun sens de la planification, donc voilà, il arrive en troisième position.

Vous voulez mettre un peu plus d’écologie dans votre vie ? C’est super cool. Cependant, il y a -selon moi- quelques « règles d’or », ou plutôt des grands principes à garder en tête quand on se lance dans tout ce schmilblik, si vous ne voulez pas :

  1. Partir en courant
  2. Mourir d’épuisement
  3. Rater tout ce que vous entreprenez
  4. La réponse D

On y va ?

Temps de lecture : 6 minutes



  • 1 – Y aller DOUCEMENT

Proooogressif on a dit.
Si vous changez toutes vos habitudes (ou même juste deux) d’un seul coup, vous risquez fort de vous décourager rapidement.
Forcément : si vous supprimez tous vos repères d’un coup, vous êtes alors tel un bébé animal perdu. Pas de repères = découragement, parce qu’on ne sait plus dans quel sens aller.

elephantLa perte de repères, vue d’artiste. 

La clé de tout changement, c’est la progressivité.
Alors évidemment, certaines personnes fonctionnent mieux en changeant plein de trucs d’un coup. Je suis admirative de ces gens. Moi déjà pour changer de marque de jus d’orange il me faudrait trois semaines d’efforts intensifs.
Pour beaucoup d’autres, le changement s’ancre d’autant plus profondément s’il est fait dans le calme et la douceur. Petit à petit, pas à pas.

Inutile de vouloir tout faire d’un coup : on s’épuise et on finit par renoncer, convaincu que c’est « pas fait pour nous » -alors qu’on a juste voulu aller plus vite que la musique 🙂

danceDU CALME

  • Qui veut aller loin ménage sa monture

Si vous êtes du genre hyper enthousiastes à l’idée d’améliorer votre consommation, de réduire vos déchets, de consommer tout en bio-local-vrac-de-saison, vous avez sûrement envie de vous y mettre tout de suite maintenant là, de tout révolutionner dans votre quotidien et même peut-être de partir monter une ferme en permaculture sur le plateau du Larzac.
Si votre point de départ est déjà proche de tout ça, je vous dis « banco, prends ton billet de train pour Millau mon coco« , parce qu’en plus ça rime et que j’ai une âme de poète. (oui j’ai vérifié sur une carte que Millau était bien dans le Larzac) (oui j’ai honte)

carteMillau c’est LÀ

Si votre point de départ c’est hard discount, coupons de réduction et gobelets jetables à chaque repas, je vous dis « du calme, Bijou » (Bijou, dans ce cas, étant un poney. Vous êtes donc un poney)

L’expérience le prouve : si on cherche à modifier en profondeur toutes ses habitudes d’un seul coup, il y a de grandes chances que ça foire.
C’est comme si vous essayiez de gagner une partie de Tetris en empilant les blocs n’importe comment : ça rate. Mieux vaut prendre son temps, tourner les blocs, aller lentement au début, pour que ça se passe bien.
(si vous avez maintenant la musique de Tetris dans la tête, de rien, c’est cadeau)

tetris

Alors je dis pas hein, y’a des gens chez qui ça fonctionne bien. Mais perso si j’avais tout changé d’un coup, j’aurais tenu environ quatre secondes et demi. Ou alors j’aurais tout envoyé bouler parce que franchement, qui a le temps de faire tout ça ? (Parfois je laisse ma flemme s’exprimer)

aintnobodyVoilà, comme le dit Madame.

Le changement devient durable plus facilement s’il est fait progressivement, étape par étape. Si on commence par un truc facile à mettre en place, ça met quand même vachement plus en confiance que si direct, on se dit « ALLEZ JE JETTE PLUS RIEN A LA POUBELLE JSUIS UN FIFOU ». Et ça permet aussi de se rendre compte, encore une fois, que les limites se repoussent d’elles-mêmes 🙂

Si vous pensez que ça ne sert à rien, que ce n’est pas à notre échelle qu’on peut changer quelque chose, et que ce n’est pas à vous d’agir, je vous renvoie ici et .


  • 2 – Faire simple

Quand on veut introduire plus d’écologie dans sa vie, on se retrouve à devoir changer des habitudes et faire davantage de choses maison.

Changer ses habitudes ne veut pas dire « faire plus compliqué ». Ça veut juste dire faire différemment.
Et du coup, le changement est d’autant plus facile si l’alternative est simple.

Si on veut continuer à consommer exactement comme avant, mais version maison (plats préparés, crèmes de soin …), on va s’épuiser à essayer de les reproduire, perdre du temps pour rien, se décourager.

Par exemple, vous voulez faire davantage de repas maison. Pas la peine de se lancer dans du trois étoiles : faites simple, des trucs basiques, le temps de vous faire la main !
Vous voulez supprimer les produits ménagers chimiques de la maison : faites simple, un seul produit pour en remplacer 6 ou 7 !
Vous voulez passer aux soins naturels pour votre peau ou vos cheveux : faites simple, une huile végétale a autant de qualités qu’une tambouille maison compliquée !

Parfois quand on tombe sur des recettes de trucs « faits maison », on se décourage à la liste des ingrédients qui comprennent des choses dont on n’avait encore jamais entendu parler.
Si ça ne vous inspire pas, ne faites pas ! Cherchez quelque chose de plus simple.

Plus on simplifie, plus il est facile de pérenniser le changement. On n’est pas là pour se faire du mal, hein !

souffrirSi t’as pas la réf c’est par ici


  • 3 – Essayer avant de décider

Je le répète à longueur de temps : les limites se repoussent d’elles-mêmes. Et pas que sur le plan de l’écologie d’ailleurs (quand on apprend à nager, c’est pareil : au début on a peur, ensuite on nage dans le petit bain, ensuite dans le grand bain, et un jour on n’a même plus de problème à nager dans l’océan).

Quand on découvre toutes les alternatives écologiques possibles aux produits de consommation courante, on peut se dire « ah nan jamais je ferai ça ». J’en avais parlé ici.

Le fait est qu’on ne devrait jamais dire un « non » catégorique sans essayer, ou au moins sans fermer la porte définitivement.
C’est bien ce qu’on dit aux enfants quand ils disent ne pas aimer un aliment inconnu ? « Goûte avant de dire que t’aimes pas« .

babyBon ok si votre gamin mange du papier toilettes vous n’êtes pas obligé de lui faire goûter avant.

Il y a bien des choses que je fais maintenant, et que je n’aurais jamais pensé faire. Mais j’ai essayé, ça a marché, ça s’intégrait bien dans mon mode de vie : adjugé, vendu !

De même, s’il y a des choses que je ne me vois pas faire dès maintenant, je ne leur ferme pas la porte définitivement non plus, tant que je n’aurais pas au moins essayé.
Je sais que je ne suis pas prête actuellement, que tel truc est totalement hors de ma zone de confort, donc je n’essaie pas, mais j’ai conscience que mon refus n’est pas dû à la méthode ou l’objet en soi, mais à mon incapacité actuelle de l’envisager comme alternative viable (au hasard, installer une douchette dans les WC, à la japonaise : je ne me vois pas le faire, pas parce que je juge le procédé naze, mais parce que je sais que je ne suis pas prête psychologiquement à ce changement là)

Notre zone de confort n’est -heureusement- pas figée à jamais. Avoir conscience de ses limites, c’est super. Avoir conscience qu’il est possible de dépasser ces limites quand on se sent prêt, c’est encore mieux.

Parce qu’à dire « JAMAIS je ferais ça ! » sans s’intéresser au sujet, sans se renseigner, en se basant sur des préjugés ou des perceptions socio-culturelles, c’est quand même sacrément nier notre capacité de compréhension et d’adaptation, notre capacité à nous remettre en question et à remettre en question nos conceptions héritées d’un modèle extérieur à nous (social, culturel, familial …).

Il est donc utile de se pencher sur ses propres freins, sur soi, plutôt que de juger l’alternative proposée. On remarque ainsi assez vite que les freins apparaissent en réaction à une « attaque » de notre schéma social ou culturel. Et une fois qu’on a remarqué ça, les limites deviennent beaucoup plus souples et fluctuantes ! Et c’est franchement bien plus motivant que de se dire qu’on ne pourra JAMAIS changer d’avis sur rien du tout !

neverOui il y a désormais un gif de Justin Bieber qui chante « Never say never » sur le blog. C’est le début de la fin.


  • 4 – Être patient avec soi-même

Je vois souvent des gens qui disent « tel truc ça n’a pas marché chez moi, j’arrête, je rachète de la javel enrichie en pétrole » ; ou alors « j’ai fait mes courses en bio, j’ai explosé mon budget, j’arrête, le bio c’est pas pour moi« .

Scoop : on a le droit de se planter.
Scoop bis : on a aussi le droit de réessayer en prenant son temps !

scoop

On rejoint un peu ici le premier point. Faut pas aller plus vite que la musique, ni s’auto-flageller à la moindre lessive ratée. Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage (article sponsorisé par le Larousse des dictons à travers les âges).

La recette de lessive que j’ai trouvée ne marche pas bien chez moi ? J’en essaie une autre !
J’ai dû vendre un rein pour faire mes courses en tout bio ? La prochaine je ne prends qu’une partie en bio, et je reprends les bases de l’alimentation bio !

Il y a toujours plusieurs solutions à un même problème. Trouver celle qui nous convient du premier coup n’est pas donné à tout le monde ; mais connaître un (ou deux, ou trois, ou mille) échec n’est pas dramatique. Cessons de toujours vouloir tout bien faire du premier coup, on n’est pas dans un Disney.

blancheneigeDans la vraie vie notre chère Blanche-Neige se serait faite picorer par des moineaux jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Par contre on peut se donner du temps, se montrer bienveillant avec soi-même. Si c’était un ami qui vous disait « j’suis vénère j’ai raté ma lessive » (note : je n’ai encore aucun ami qui m’a dit ça, je ne sais pas si c’est déjà arrivé un jour dans l’histoire du monde), est-ce que vous lui répondriez mal ? « T’es naze, tu sers à rien, rachète de la lessive industrielle et arrête de perdre ton temps » ?

Si oui : vous êtes un mauvais ami, surtout si la démarche écolo est importante pour le pote en question !
Si non : alors pourquoi se le dire à soi-même ?

Accepter d’avoir tort, de se tromper, c’est une forme (salvatrice) de lâcher-prise. On a suffisamment de tracas sur les épaules pour s’en rajouter une louche dès qu’on rate un petit truc ou dès qu’on ne fait pas tout bien comme il faut.
La pédagogie et la bienveillance, ça commence avec soi-même !


  • 5 – Ne pas se laisser décourager, tout en sachant se remettre en question

« Ceux qui n’y croient pas sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient« . Adage bien connu de ceux qui agissent pour la planète !

Le pire ennemi de l’apprenti écolo, c’est son entourage. La famille, les amis, les collègues, qui peuvent se montrer moqueurs, parfois blessants, face à certains gestes qu’ils ne font pas.
(Le truc que je déteste c’est quand on te fait une remarque soi-disant « marrante » genre « tu fais ta to-do list sur du papier ? C’est pas très écolo, LOL ». Quand c’est la 6e personne de la journée à te faire ce genre de « blague », c’est usant.)

kanyeOn vient de faire la même blague à Kanye. Et donc il y a aussi Kanye West sur le blog, c’est la berezina dites donc.

On en avait parlé dans « Écologie et pression sociale : pourquoi tant de haine ? » ainsi que dans « Pointer la faille » : j’y avais abordé d’éventuelles justifications de tels comportement, et quelques pistes pour y résister.

Ne vous laissez pas décourager. Soyez au moins conscient d’une chose : nous, au moins, on essaie.

Ceux qui cèdent au cynisme, au pessimisme, s’octroient une facilité mentale très confortable : dire « t’façons ça sert à rien« , ça épargne l’effort d’essayer de faire quelque chose
Facile ensuite de juger ceux qui, justement, essaient de s’extirper du fatalisme pour essayer de faire bouger les lignes.

Rien que cette pensée est, pour moi, très réconfortante. Si on attrape le bon bout, on le tient assez fort, et rien ne nous fera lâcher.

doitOUAIS VAZY SHIA ! 

Cela n’empêche pas de savoir se remettre en question. Personne n’a la science infuse. Ce n’est pas parce que telle méthode fonctionne pour soi qu’elle convient à la Terre entière : ne présentons pas nos options comme des vérités absolues.

Rester à l’écoute, continuer (toujours) de s’informer, de se renseigner, de comparer … Sont pour moi des prérequis pour ne pas s’enfermer dans un dogme.

Quand on s’engage dans une démarche comme la nôtre, et qu’on en discute avec quelqu’un qui ne se sent pas concerné, je trouve qu’on a un certain devoir de pédagogie. Dans le sens où quelqu’un qui vous dit qu’il utilise quatorze litres de javel par jour, c’est pas en lui hurlant dessus qu’il assassine la planète que ça va le faire réfléchir. Si vous avez un exemple de quelqu’un qui a été entièrement et sincèrement convaincu simplement parce qu’il s’est copieusement fait crier dessus, je veux bien savoir.

dexterDexter est sur le point d’être parfaitement convaincu de l’utilité des cotons lavables ! 

Par contre, rester calme et factuel, c’est beaucoup plus efficace et beaucoup plus intelligent.
Et ça nous évite aussi de passer pour des « extrémistes ». En plaquant un discours tout fait (et souvent rageur) en lieu et place d’une argumentation, on a l’air de gens déconnectés des réalités / donneurs de leçons / rageux / Obi-wan Kenobi.
En argumentant, en présentant calmement avec des informations, des sources, des alternatives, etc … On donne du grain à moudre à l’autre. On lui donne un terrain avec des adhérences sur lesquelles il peut s’appuyer pour cheminer à son rythme. 

Ce qu’on considère comme une vérité ne l’est pas par tout le monde. Laisser à chacun l’opportunité de cheminer dans sa tête en lui fournissant des clés, c’est quand même vachement plus respectueux de l’intelligence des gens.


Il y a sans doute bien d’autres « règles » mais 5 c’est déjà pas mal, et puis je dois aller manger un gâteau, alors je vous laisse ❤