Zéro déchet, maxi pouvoir ? 2- Le porte-monnaie tout puissant

Dans la première partie, on avait vu que la démarche écologique, positive, redonne à chacun sa capacité d’action, même pour la plus petite décision.

Pour cette seconde partie, je vous propose de parler argent. Thunes. Pépettes.

Parce que dans un monde comme le nôtre, on atteint les gens plus facilement en s’adressant à leur porte-monnaie. (C’est une image hein, je ne vais pas vraiment parler à votre porte-monnaie. La folie a des limites.)

donald_money

On vit à crédit sur les ressources naturelles, plus de 5 mois par an. Le jour du dépassement -c’est-à-dire le jour où la consommation humaine dépasse la quantité de ressources renouvelables en un an- avance de plus en plus. En 2016, c’était le 8 août.

Si c’était de l’argent, tout le monde se démènerait pour trouver des solutions, non ?
Même si, au bout du compte, il s’agit bien d’argent, car les coûts écologiques, éthiques, humains, se paient tôt ou tard !
Chaque année en France, on dépense 14 milliards d’euros d’argent public pour le traitement des déchets. Le surcoût de notre consommation se paie par les taxes d’ordures ménagères …

Alors c’est quoi le rapport entre argent et écologie ?
C’est tout simplement nos choix de consommation. (T’as vu cette transition de fou ? PPD serait fier)

pgymjol2vdiakJe devrais songer à faire de la télé. 

NB : la plupart des chiffres présentés sont issus de « Famille presque zéro déchet – ze guide« . Les liens mènent aux études originales. 


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  • Nos déchets, résultat de notre consommation

Selon Eurostat et l’ADEME, chaque Français produit chaque année entre 458 et 475kg de déchets ménagers (chiffre 2013). Si on ajoute les déchets déposés en décharge, ce chiffre monte à 573kg par habitant. Soit plus de 10 enfants de 10 ans, parce que j’aime les comparaisons foireuses.

Si on compte aussi les déchets industriels français (donc les déchets issus de la production), on arrive à 13,8 tonnes. Par personne. Par an. Ça calme.

pgymjol2vdiakSuggestion de réaction non contractuelle. 

Certes, les 13,8 TONNES de déchets ne sont pas dans la poubelle de ma cuisine (t’façons elle est trop petite), mais c’est ma consommation qui a provoqué cette masse de déchets.
L’industriel ne produit pas pour le fun, mais pour vendre. Et qui achète ?

Allez je vous aide : c’est nous.

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  • Petite typologie du déchet

  • Les déchets visibles : c’est la partie émergée, celle que l’on a dans les mains pour la mettre à la poubelle, chez nous. Ce sont les déchets ménagers et assimilés : nos sachets de pâtes vides, nos épluchures de patates, nos feuilles d’essuie-tout, nos vieux meubles qu’on met aux encombrants.
  • Les déchets cachés : c’est la partie immergée. Elle représente 35 fois les déchets visibles. Ils ne finissent pas dans la poubelle de ma cuisine, mais ils sont suscités par notre mode de vie, la production de ce nous consommons. Pour fabriquer le sachet de pâtes ou faire pousser les patates, il y a bien eu des déchets.

À titre d’info hein, pour une simple brosse à dents, c’est 1,5kg de déchets cachés. Ça calme aussi.

obamanotbadSponsor Obama, le retour.

Les déchets sont bien la manifestation de notre système de consommation qui a un peu perdu les pédales (allitération en p).
Quand j’achète des pâtes, je les mange (goulûment), et puis l’emballage plastique va traîner dans une décharge pendant des siècles (littéralement), ou bien être brûlé et dégager des toxines dans l’air.

À titre perso je ne suis plus très sûre d’avoir envie d’acheter, en même temps que mes pâtes, plus de 400 ans de pollution ou des dégagements toxiques, quand tout ce que je voulais, c’était des macaronis au fromage …

Sans compter que sur un produit classique, l’emballage représente une part non négligeable du prix du produit (15 à 40%). Ça fait cher le plastique quadricentenaire. 

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  • L’offre et la demande

« C’est (le consommateur) qui, par l’intermédiaire de ses achats, oriente les pratiques industrielles » (Bea Johnson).

Pas de panique, je ne vais pas vous faire un cours « Marketing 101 ».

Dans la logique offre-demande, l’industriel produit ce qui fait vendre. Parfois, il arrive même à vendre des trucs sans qu’on en ait vraiment besoin (la magie du marketing).

magicQuand une pub réussit à me convaincre que j’ai BESOIN d’une théière qui fait marque-page. 

Imaginons deux secondes que tout le monde décide de refuser le suremballage. (Exemple, les Kinder Bueno, emballés individuellement dans du plastique, puis regroupés deux par deux dans un autre plastique, puis scotchés ensemble. Visiblement il ne faut SURTOUT pas que les Kinder Bueno se touchent, sinon ça explose. Minimum.)

L’industriel, s’il est un peu malin, décidera sans doute de passer à un emballage plus raisonnable.

Si je refuse les produits qui sont clairement douteux (pour moi comme pour la planète), je freine la demande pour ce type de produit.
Si je choisis les produits qui s’accordent avec mes valeurs, j’entretiens la demande pour ce type de produit.

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  • Acheter, c’est cautionner

C’est dur à entendre, et à accepter -moi la première.
L’acte d’achat est une manière de cautionner la production dans son ensemble.

Quand j’achète un T-shirt à 3€, j’achète en même temps tout ce qu’il y a derrière : le coût écologique du coton bon marché (que j’ai déjà abordé rapidement ici), l’exploitation d’êtres humains, payés trois rondelles de radis pour un travail pénible dans des conditions affreuses … C’est bon, les radis, mais je doute que ça suffise en termes de salaire.

oprahMoi si on me proposait un salaire en rondelles de radis. 

Si j’achète ce t-shirt, je cautionne. J’entretiens la demande, je participe à la pérennisation de ce process industriel.

Je vous vois venir : « ouais mais les produits éthiques / bio, ça coûte plus cher« . C’est pas faux. (en fait si, mais j’en reparlerai, je voulais juste pas vous contrarier. Et puis mon armoire est remplie de fringues bon marché alors un bon gros #enversdelaconnasse pour moi hein)

Mais c’est là qu’intervient l’histoire du porte-monnaie tout-puissant. C’est moi qui décide de où je veux mettre mon argent, et qui dois ensuite me débrouiller avec ma conscience.
Au lieu d’acheter 10 fringues à 10 balles par an, je préfère en acheter 2 à 50€, ou une seule à 100€ …

dothemathOké alors à vue de nez ça ferait 872. Ou 34. J’en sais rien, j’ai fait L. 

Chaque acte d’achat a une incidence, et pas que sur notre porte-monnaie. L’incidence porte sur la chaîne de production, la provenance des matières premières, les conditions de travail des ouvriers, la rémunération du patron …

Chaque fois que j’achète quelque chose, je cautionne. J’adhère.
Je prends ma part de responsabilité de ce qu’il y a avant ET après ma durée d’utilisation du produit que j’achète. 
Depuis la filière de production jusqu’au traitement des déchets que je produis. La cause et la conséquence.

Ouais, ça peut donner le vertige. Ça peut aussi provoquer une réaction de rejet, en mode « j’ai pas envie de me prendre la tête« . Là-dessus, je vous renvoie à la notion de dissonance cognitive.

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  • La petite conclusion qui va bien

Trouver des circuits alternatifs (ouhlala le gros mot de hippie qui fait peur !) peut prendre un peu plus de temps que de pousser la porte du premier Aupré* venu, certes. Mais une fois qu’on a trouvé, c’est bon, on peut instaurer une nouvelle routine.
* Ceci est un nom d’hypermarché déguisé. saurez-vous l’identifier ? #tropdur #quiveutgagnerdespignons

Aller à la Biocoop me demande 7mn de marche, alors que j’ai un supermarché à environ quarante-sept secondes de la maison (à cloche-pied. Avec des ampoules).
Mais je me dis que si je ne suis pas prête à marcher un pauvre quart d’heure pour essayer d’améliorer ma consommation, alors mes convictions sont en carton mes escalieeeers sont en papier.

lazycatMoi quand il faut aller faire les courses, que le magasin soit à 10mn ou à trois secondes. 

Armée de mon petit porte-monnaie, j’ai donc un pouvoir certain : celui de financer ce que je veux.

Dans notre société où on a rarement la sensation d’être vraiment acteurs de notre quotidien, l’acte d’achat prend une importance primordiale s’il est fait consciemment. Et, selon moi, c’est ainsi que l’on s’exprime le mieux.


Allez promis, la prochaine fois je vous soûlerais moins avec des élucubrations pseudo-philosophiques, et on entrera dans le vif du sujet !

soon

Cover pic : source Pixabay, CC0 Public Domain

15 commentaires Ajouter un commentaire

  1. audebs dit :

    super article et très drôle…… Merci!!!

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    1. awildwildwaste dit :

      Merci beaucoup, je suis contente que ça te plaise !

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  2. Merci pour cet article très bien écrit, drôle (je me suis bien identifier au chat avant les courses !!). Je partage totalement tes points de vue. Et en cas de dérapage imminent d’achat compulsif, je mz demande si j’ai vraiment envie de donner mon fric à cette industrie, si j’ai envie de cautionner !!!
    N’hésite pas à faire un tour sur notre blog sur des solutions pratico-pratique au quotidien !

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    1. awildwildwaste dit :

      Ravie que ça t’ait plu ! J’irai faire un tour sur votre blog sans faute !

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  3. MmeCamicase dit :

    J’adore tes articles ! il y a toujours beaucoup d’humour et cela m’inspire beaucoup dans mes futures explications pour mes proches 😉

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    1. Wildwildwaste dit :

      Merci !! J’espère que l’argumentation se passera bien ^^

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  4. Milky dit :

    Je suis tout à fait d’accord, mais tiens, en parlant de dissonance cognitive, cet article-là m’a fait un peu mal au cul, euh, au cerveau… https://qz.com/920561/conscious-consumerism-is-a-lie-heres-a-better-way-to-help-save-the-world/ (je ne dis pas que c’est la Vérité qui est écrite là, hein. Ni que je me reconnais tout à fait dans le portrait du consommateur conscient qui y est brossé. Mais l’idée que ce que je tiens pour un grand principe d’action très efficace pourrait être en fait pas si efficace que ça me fait un petit peu chier quand même…)

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