Écologie et pression sociale : pourquoi tant de haine ?

Quand on annonce aux gens qu’on entame une démarche écologique, il y a plusieurs types de réactions.
Il y a ceux qui vont vous soutenir, poser des questions, approuver.
Il y a ceux qui vont considérer ça de loin, d’un air mi-amusé mi-désintéressé (et re-mi-amusé derrière).
Et il y a ceux qui vont avoir une réaction négative, parfois même agressive. Je suis sûre que vous en avez déjà croisé.

Ce sont les gens qui vont dire des choses comme « haha, tu veux sauver le monde », « c’est un truc de bobo », « ça sert à rien », « c’est pour les riches », « tu nous soûles avec ton écologie », etc. Voire même … « t’as plus qu’à te suicider, lol », vécu pour de vrai par mon copain 0_0 (les gens ne doutent de rien). 

well-that-escalated-quicklyMoi si on me suggérait d’aller me suicider au lieu de me préoccuper de l’environnement. 

(Tiens, on pourra développer ces réactions diverses dans un prochain article ! #notepourplustard)
NB : j’ai développé certaines idées de cet article dans un autre, intitulé « Pointer la faille » 🙂 

Assumer sa démarche en contexte social peut s’avérer compliqué, à cause de ces réactions variées. S’il y a dans l’assistance des personnes moyen convaincues, ou carrément réfractaires … On peut vivre un véritable moment solitude.

Pourquoi est-ce donc si difficile d’affirmer ses convictions écologiques quand les autres les montrent du doigt ?

Je précise que je ne suis ni sociologue, ni psychologue : tout ceci n’est que mon avis perso 🙂

Temps de lecture : 8 minutes


  • La singularisation et l’isolement

Commençons par un exemple de la vraie vie véritable. Au travail, le traditionnel café/thé après le déjeuner est servi dans des gobelets en carton : c’est tout sauf zéro déchet.

J’ai le choix : soit je refuse tous les jours de prendre un thé -au risque que ça en devienne suspect-, soit je demande à la serveuse si je peux ramener ma propre tasse.

Cette dernière solution a l’air idéale et facile, non ?
Oui mais non. Pas tant du point de vue technique, que du point de vue social : je crains un peu la réaction des autres, leur incompréhension.

Je sais que c’est stupide … En attendant, j’alterne entre prendre mon thé (donc le gobelet en carton, et le sachet de thé, et le sachet plastifié qui contient le sachet de thé, et la culpabili-thé qui va avec -#artisandurire) et ne rien prendre du tout. Tout ou rien, en somme.

moeMoi quand j’ai pris un thé en sachet dans un gobelet en carton. À peu près. 

Comme tout être humain, je n’apprécie pas forcément d’être singularisée à cause d’une différence entre mon comportement, et le comportement attendu en général. En clair, j’appréhende qu’on me colle l’étiquette d’écolo de service, avec tous les jugements hâtifs que ça implique.

Sur le groupe GBEM, je lis souvent des témoignages de gens dont l’entourage se montre moqueur, voire insultant, face à leurs tentatives pour apporter du changement dans leur vie, parce qu’ils fabriquent leur propre lessive ou décident de se passer d’essuie-tout. Fort heureusement ce n’est pas mon cas, mon entourage est plutôt bienveillant. 

Pourquoi les autres peuvent avoir de telles réactions, si virulentes, voire violentes, face à un engagement écologique ?

Nous, êtres humains, sommes des animaux grégaires. En tant que tel, personne n’aimera être pointé du doigt.

Coller une étiquette (« écolo », « bobo », voire « hippie », rayez la mention inutile), c’est une manière pour autrui de singulariser mon comportement, de le ranger dans une case afin de le prendre en compte et d’en faciliter la compréhension.

label Moi quand on essaie de me cataloguer « relou-bobo-écolo »

Voir ses efforts et son engagement réduits à un simple terme péjoratif, ce n’est pas facile à vivre. La minimisation de mes convictions par ce genre de mot tend non seulement à me singulariser (« elle c’est la bobo », sous-entendu que je ne suis pas comme les autres), mais aussi à m’isoler (en me mettant nettement à l’écart du groupe).

Et l’être humain n’aime pas être isolé. Ça nous rend vulnérables.


  • La mise en perpective de soi

J’ai parfois le sentiment que parler de mon engagement avec autrui peut provoquer une réaction de rejet, comme si cela mettait mon interlocuteur face à lui-même, face à son comportement, ses habitudes. 

Peut-être que chez certains, ça titille un peu trop ce que la dissonance cognitive (clic !) essaie de cacher ?

Un exemple vécu. Une personne avec qui je discutais de cuisine, et qui m’a demandé où je trouvais tel ingrédient. J’ai répondu, très naturellement, « à la Biocoop ».
Mon interlocuteur s’est aussitôt « défendu » en disant (je cite) que lui n’était pas exemplaire, qu’il faisait ses courses au supermarché mais qu’il ne pouvait pas faire autrement, etc.

Défendu ? Mais pourquoi, de quoi ?
Est-ce que le fait de mentionner un circuit alternatif constitue une attaque personnelle ? Est-ce qu’en mentionnant dans une conversation que je fais mes courses dans une Biocoop, je porte un jugement négatif sur les habitudes de mon interlocuteur ?
La réponse à ces questions est : évidemment que non.

ofcoursenot Tout comme Homer, mon exemple dans la vie.

Mais c’est parfois vécu comme tel.
Quand on te demande pourquoi tu ne prends pas de gobelet jetable, et que tu expliques que tu veux réduire tes déchets, certains peuvent se sentir indirectement accusés de ne pas en faire de même. Et du coup, peuvent penser que toi tu les juges, que tu te sens supérieur à eux, misérables qui n’essaient pas de sauver la planète.

D’où de possibles réactions un peu vives, même si toi dans ton coin, tu ne faisais que répondre à une question et que tu ne sous-entendais rien du tout (parce que chacun mène sa vie comme il l’entend, paix et liberté pour tous les peuples, etc).


  • De l’incompréhension à la moquerie

Cette part d’incompréhension, quand on explique sa démarche écologique, peut être liée à une méconnaissance partielle de ladite démarche, et/ou à des déformations de l’idée qu’on se fait de l’écologie.

Pour certains, « être écolo » revient à être un peu hippie, à vivre en longues chemises tie-and-dye et cheveux ornés de fleurs, jouer du tambourin, ne pas se laver, manger des graines chelou venues de l’autre bout du monde et éviter le gluten. Enfin vous voyez le genre … 

hippie Voilà, à peu près comme ça.

Mais alors, où se situe la frontière entre incompréhension et moquerie ? 

La moquerie, l’insulte, sont des démarches d’isolement volontaire d’une personne qui agit différemment. Je ne vous fais pas un dessin : c’est une tendance naturellement humaine que de stigmatiser ce qu’on ne comprend pas / ce qui est différent de soi.

L’engagement écologique, mis en pratique, peut amener les gens à agir très différemment par rapport à « avant ».Imaginez si votre conjoint, du jour au lendemain, changeait de comportement. Vous auriez bien du mal à retrouver vos repères face à cette personne que vous connaissiez pourtant si bien.

gotye Je pense que Gotye chante à propos de quelqu’un qui s’est mis à manger du quinoa bio. 

Le changement, quel qu’il soit, n’est pas toujours bien compris ou vécu par notre entourage. Certains iront avec le courant, et s’adapteront très vite, voire embrasseront d’eux-mêmes cette mutation.
D’autres essaieront de s’en protéger. Et pour s’en protéger, la meilleure méthode est de résister.
Quand une rivière essaie de vous emporter, votre réflexe c’est bien de vous accrocher à un rocher, non ?

flood Moi quand j’ai l’impression de me faire emporter par le courant.

Dans cette phase de résistance, certains peuvent se montrer agressifs. Tout le monde n’est pas Gandhi, tout le monde n’est pas adepte de la désobéissance civile et de la résistance passive.
Selon moi, c’est pour cela que certains peuvent connaître des moments difficiles avec leur entourage quand il s’agit d’instaurer des changements dans la vie de famille.

L’humain n’aime pas trop le changement, ça nous fait peur. Nous sommes des créatures d’habitudes, et même si beaucoup d’entre nous ont de très bonnes facultés d’adaptation, il n’en reste pas moins que ça nous coûte de l’énergie.
Il est toujours plus simple (et moins fatiguant) de ne rien changer, que d’essayer de se transformer. 

changeVue d’artiste.

Simplement observer un proche qui change d’habitudes de consommation peut amuser, voire faire naître la moquerie (« haha elle est bizarre celle-là à faire sa bobo-écolo« ).
Se trouver confronté à un changement en soi, par soi-même, peut faire naître la réticence et donc l’agressivité (« mais pourquoi elle me prend la tête, si j’ai envie de manger dans de la vaisselle jetable je fais bien ce que je veux !« ).

Changer, c’est accepter que ce qu’on était jusque là n’était pas suffisant. C’est se remettre en question, et ça peut parfois être violent (en soi). Quand on a des dizaines d’années d’habitudes à faire tomber, on accepte de se dire (indirectement) que ce qu’on faisait n’était pas bon. Et ça peut piquer très fort.
Quand tu t’entends dire que tes gestes quotidiens depuis 20 ans sont finalement nuls, avec un impact négatif … Pas étonnant que ça crée des réticences !


  • Et du coup, on fait quoi ?

J’aurais envie de résumer à un super slogan, soufflé par mon copain : « L’écologie au quotidien : #résiste #prouvequetuexistes« . (On aime l’humour. Et les hashtags.)

Je n’ai pas vraiment de solutions toutes faites à vous proposer pour argumenter face aux personnes qui essaient de vous mettre les bâtons dans les roues, ce serait trop long (ah bah merci, tout ça pour ça, vous êtes pas déçus du voyage hein !) (peut-être pour un prochain article, #notepourplustard2).

useless C’est quand même pas très gentil 😦

Je voulais simplement développer un peu sur un thème que je vois revenir très souvent sur GBEM, car je suis souvent étonnée des propos que certains subissent de la part de leurs proches, alors qu’ils essaient simplement de construire un monde meilleur.

Face à cette réticence -et je suis peut-être un peu bisounours sur ce point- je pense que l’idéal reste la pédagogie. Non pas d’imposer (cf l’image de la rivière), mais d’informer, de faire lire, de montrer, d’expliquer. Déjà, c’est moins fatiguant que de lutter (#teamfeignasse). Ensuite, c’est bien plus efficace.

On ne peut pas exiger d’autrui un changement instantané, que cela ait été facile ou non pour nous.

Si je prends mon propre exemple, mon engagement n’est pas né comme ça, comme par magie, pendant la nuit. Je n’ai pas fait de rêve chamanique ou Martin-Luther-Kinguesque m’indiquant la voie de Bouddha à suivre pour essayer de vivre de manière plus écologique.
Il a d’abord fallu un film (Demain), puis pas mal de lectures, de discussions, de réflexions … C’est comme ça que mon propre changement a commencé, et qu’il continue de s’opérer chaque jour, par itération.

mlkjrÇa s’est passé exactement comme ça. (Non)

Je ne veux pas faire mon intello en citant Kant, mais je vais le faire quand même (parce que) : « Le professeur ne doit pas apprendre des pensées (…) mais à penser« .

Et bah tout pareil, +1 avec Kant, pouce vert. Un changement est réussi quand il vient de soi, pas quand il a été imposé ou forcé.

Même si c’est frustrant pour nous, même si ça nous fait enrager … Si on veut qu’une idée tienne dans le temps, il vaut mieux qu’elle devienne nôtre, qu’on se l’approprie, plutôt que de se la voir imposée : c’est, comme qui dirait, plus durable 🙂

yeah Moi quand je suis fière de ma blague finale. 

Photo : Rhendi Rukmana, CreativeCommons, Unsplash.com