Génération(s) Ecolo(s) – Génération Y, une sensibilité à deux vitesses

Temps de lecture : 30 à 40mn

A lire :

Cet article est la 2e sous-partie du premier volet de Génération(s) Ecolo(s). Après les générations précédentes, on s’intéresse aujourd’hui à ma propre génération, dite génération Y, ou millenials pour faire plus cool.

Allez viens, on est bien !


A. Une distanciation peu évidente

La plupart des réponses que j’ai reçues lors de l’étude venait de personnes sensiblement du même âge, nées après, ou peu avant 1980. On va les appeler « trentenaires », pour faire simple (même si certains sont plus près de la quarantaine, bon courage les gars), ou millenials pour la tranche née entre 1980 et 1990.

Au début, j’ai été un peu déstabilisée par cette surreprésentation des trentenaires, des gens de mon âge, de ma génération.
Et puis, tout s’explique, en fait.
La majorité des témoignages viennent de lecteurs de ce blog. Ce qui signifie qu’ils sont, au minimum, intéressés par la question de l’écologie.

Bien entendu, la logique nous interdit d’en déduire que les trentenaires sont tous intéressés par l’écologie, ni même que la majorité de mes lecteurs sont trentenaires. « Pas de stats, pas de vérité », comme disent les statisticiens (non).

La difficulté principale, c’est la prise de recul. En fonction des gens que l’on fréquente au quotidien, de notre entourage (famille, amis, collègues), de notre éducation, du contexte social dans lequel on évolue, la distanciation nécessaire pour évaluer si notre propre génération est écolo ou non peut être difficile. Si l’on ne fréquente que des gens un peu sensibles à la question, on peut avoir l’impression que tout le monde est écolo. L’inverse est tout aussi vrai.

On peut donc tout à fait avoir un regard un peu biaisé sur notre propre génération.
Pour Marie-Liesse (34 ans), « C’est difficile à dire car j’ai conscience que les personnes qui m’entourent ne sont pas forcément représentatives de l’ensemble de la population. »

La difficulté est donc de faire le tri entre notre aperçu à nous, notre propre expérience forcément limitée (le petit bout de la lorgnette), et la réalité plus globale qu’il est, à l’échelle individuelle, plus difficile à observer.

De plus, nous avons vu dans la partie précédente que les baby-boomers et la génération X étaient souvent tenus pour responsables du grand dérapage environnemental depuis les Trente Glorieuses.
En somme, nous, génération Y, avons été élevés par cette génération à qui l’on a présenté l’hyperconsommation comme le modèle social absolu, le but ultime de l’opération étant : consommer pour exister. J’achète donc je suis.

Alors, forcément, de la même manière que toute leçon d’éducation marque notre existence (à divers degrés, je suis d’accord), notre éducation à la société de consommation continue d’avoir du poids dans nos comportements.

Nous, génération Y, avons été élevés par cette génération à qui l’on a présenté l’hyperconsommation comme le modèle social absolu, le but ultime de l’opération étant : consommer pour exister. J’achète donc je suis.


B. Le poids de la société de consommation

Le poids de la société de consommation reflète plusieurs critères modernes de la consommation : l’immédiateté, la disponibilité, et la profusion (notez bien que je n’appuie ça sur aucune recherche spécifique, c’est mon interprétation personnelle).
Ces critères se retrouvent dans les témoignages reçus lors de l’étude. Pour ces personnes, la société de consommation influe toujours énormément nos comportements et notre perception de l’environnement, certains (comme Anne Onyme, 39 ans) allant jusqu’à parler de formatage.

Ce dernier passe par plusieurs canaux, dont les deux principaux sont selon moi l’éducation, et l’exposition au marketing.

Tout d’abord, l’éducation, évidemment. La manière dont nos parents nous ont élevés détermine fortement notre approche « instinctive » de la consommation. Si l’on a eu des parents très consommateurs, on peut avoir tendance à copier le même comportement (même si, bien évidemment, ce n’est pas toujours le cas). A l’inverse, si on a été élevé dans la frugalité volontaire, on peut avoir tendance à suivre le même chemin.
Bien entendu, certains brisent justement les habitudes familiales en allant à l’encontre des comportements de leurs parents, par opposition, par compensation (« j’ai jamais eu ça quand j’étais petit donc maintenant j’en achète plein »), etc.

Ensuite, l’exposition au marketing. La pub est partout. Par exemple, on en reçoit en moyenne 2kg par mois dans nos boîtes aux lettres (deux KILOS!). D’après l’association Résistance à l’agression publicitaire, chaque personne reçoit en moyenne entre 500 et 3000 messages publicitaires par jour. La fourchette est large, mais la moyenne basse est déjà étonnamment élevée avec cinq cents expositions publicitaires par jour. 182 500 par an. 1 095 000 si on prend la moyenne haute. Ça en fait, du « temps de cerveau disponible », pour reprendre les mots de ce cher Patrick Le Lay.

Les méthodes de marketing s’affinent avec le temps, surfant sur la vague écolo parfois (cf le greenwashing, j’en avais parlé dans cet article), devenant plus discrètes, moins grossières, et donc plus insidieuses. On y pense sans y penser. On utilise des slogans de pub dans la vie de tous les jours (coucou Carglass). Une telle surexposition doit forcément entraîner une modification de notre manière de penser, même de façon inconsciente.

Tout se rejoint donc : l’éducation personnelle, l’exposition externe à la consommation… Comment réévaluer notre conception du besoin et de l’envie quand les deux sont savamment mélangés dans le discours extérieur ?
Madeleine (26 ans) soulève ce point intéressant : notre génération continue de fonctionner selon les modalités de satisfaction immédiate de l’envie. Envie qui est souvent perçue comme un besoin.

« On est des enfants du 21e siècle, avec la logique consommatrice : « je veux, j’achète ». On est même habitué à acheter de notre canapé via internet des choses qui viennent du bout du monde. On oublie de réfléchir à notre consommation du coup, c’est si facile, si normal et si habituel ». (Madeleine, 26 ans)

Confondre l’envie et le besoin, c’est un cas typique de l’acte de consommation. Je ne saurais vous dire si cette confusion est due à une construction mentale, à une modification de nos perceptions par notre contexte social, ou à un brouillard instauré par les stratégies de marketing… ou tout cela à la fois.
Il faut dire que, de nos jours (oui j’ai 80 ans), face à un acte d’achat, il devient difficile de distinguer envie et besoin de prime abord. Le fait que toutes les méthodes pour apprendre à gérer son budget passent par une phase de détermination du besoin (n’acheter quelque chose que si on en a réellement besoin) est un signe assez clair de cette confusion. Nous en sommes arrivés à devoir se demander consciemment si on a besoin de tel ou tel objet. Je ne suis pas sûre que nos grands-parents aient eu à passer par cette phase lors d’un achat.

Cela me rappelle une campagne de pub pour CDiscount que j’avais vue dans le métro et qui m’avait un tout petit peu hors de moi (en vrai j’étais sur le quai en train de m’agacer, en disant « mais c’est pas possible de choisir cette option marketing, c’est prendre les gens pour des cons en leur montrant à quel point on peut être cons ! ». Cette campagne poussait clairement à l’achat non nécessaire, avec des slogans tels que « je n’ai pas besoin d’un si grand écran… Quoique, j’ai la vue qui baisse ».
La campagne avait même été jugée par l’Ademe qui avait écrit au Jury de déontologie publicitaire, car elle estimait que la campagne encourageait à une consommation excessive et irresponsable. (À lire, le rapport du JDP et la lettre ouverte de l’Ademe).
On a donc un annonceur qui s’est dit « tiens, pour déclencher le mécanisme d’achat de ma promo, je vais m’appuyer sur le mécanisme d’achat suscité par ma promo ». Okay.

La disponibilité et la profusion des produits est également un grand vecteur de notre comportement générationnel de consommation. Aujourd’hui, on vit dans une profusion de biens matériels inouïe, encore jamais connue dans l’histoire. On consomme trois fois plus aujourd’hui qu’il y a 50 ou 60 ans (La consommation des ménages en France, Ademe, 2018). Le problème étant que nous n’en avons pas conscience.
Là où nos grands-parents et nos parents ont vu le changement arriver, la génération Y a toujours vécu dans cette atmosphère d’hyper-disponibilité. Quand j’étais gamine, j’aimais bien feuilleter les catalogues de jouets à Noël, en voulant tout, et ne réalisant jamais la quantité de choses qu’il était possible (en théorie) d’avoir.

La disponibilité et la profusion des produits est un grand vecteur de notre comportement générationnel de consommation.


L’astuce marketing qui marche très fort, c’est de réussir à faire croire aux gens (à nous, génération Y, bien ciblée) qu’ils risquent de manquer de quelque chose, de rater quelque chose, au milieu de toute cette disponibilité.
Quelques exemples de cette astuce bien rodée : les séries limitées ; les soldes ; les promos ; les ventes flash ; les éditions spéciales de packaging ; les indications de stocks limités ; les mises à jours/relookings/mises à niveau…
Autant de mécanismes qui visent à nous faire penser qu’il faut impérativement acheter CET objet TOUT DE SUITE sinon notre vie sera moins bien. Cela porte un nom, qui s’applique à plusieurs domaines : FOMO pour Fear Of Missing Out (littéralement, la peur de rater quelque chose). On peut l’utiliser en ce qui concerne la consommation des médias sociaux (qui s’appuient très largement sur cette peur pour fonctionner), mais cela marche aussi pour d’autres formes de consommation. La peur de rater quelque chose est devenue une tactique marketing comme une autre (lire ici sur le site de l’Université du Queensland en Australie – en anglais).
Alors qu’en soit, si je rate telle édition limitée, le produit sera toujours disponible ensuite. Peut-être avec un packaging différent, mais le produit sera équivalent.

Ma génération a donc pris l’habitude de se dépêcher de consommer. Vite, vite, sinon on va rater quelque chose. Rater quoi ? Bonne question… Julie, 23 ans le dit autrement : « La société de consommation nous a habitués à avoir toujours tout, tout prêt et tout de suite. Une consommation excessive nous à fait oublier que les meilleures choses nécessitent souvent du temps. »

Prendre son temps. Que ce soit pour faire autre chose qu’acheter (c’est le crédo de tous les discours décroissants : prendre le temps de vivre, etc), mais aussi prendre son temps pour acheter. Réfléchir. Comparer. Évaluer le besoin véritable et le distinguer de l’envie ou de la pression sociale. Attendre pour économiser et se permettre une version de meilleure qualité.

Sauf qu’on a perdu l’habitude. L’a-t-on jamais eue, d’ailleurs ? Personnellement, j’ai l’impression d’avoir toujours été très impatiente. Et quand on nous dit qu’il faut perdre cette habitude de ne pas attendre, redécouvrir la faculté de patienter, et bien on a du mal. Ça nous fait sortir de notre zone de confort, bien entretenue par un système tout entier dédié à nous mettre à disposition l’ensemble des biens de la planète en un clic.
Une autre Julie, 25 ans, l’exprime très clairement. « Sur un plan plus large, nous sommes tellement pris dans un tourbillon consumériste qu’il faut vraiment avoir envie de changer les choses pour accepter de bousculer son petit confort. »

Serait-ce la la suite logique (si je voulais troller, je dirais « le progrès » logique) de la surconsommation telle qu’elle s’est manifestée au début des années 60 ? L’immédiateté et le fait d’y être dépendant est un symptôme très fort de notre société de consommation et de la façon dont ma génération s’inscrit dedans. On est façonnés comme ça, conditionnés pour ça. Je l’avais déjà dit dans un autre article (sur l’achat d’occasion), mais tout est fait pour qu’on achète vite, si possible sans trop réfléchir. Les ventes flash, les ventes privées, les soldes, les promos « valable aujourd’hui seulement ! », nous poussent à penser que si on n’achète pas, on va rater une super opportunité.
Sur les sites de vente, nos coordonnées bancaires sont enregistrées, comme ça on a juste à cliquer sur « acheter ». Moins il y a d’étapes avant l’achat, moins on y réfléchit, forcément… Pareil en boutiques. Les « échange ou remboursement sous 30 jours », c’est très pratique. Mais ça peut avoir un effet pervers : on se dit que c’est pas grave, au pire, on se fera rembourser. Mais si vous êtes comme moi, vous vous êtes déjà fait avoir plusieurs fois, à ne pas avoir le temps (ou juste avoir la flemme, #teamfeignasse) d’aller au magasin échanger ou rendre ce que vous aviez acheté. Idem pour la livraison gratuite en 48h, en 24h, voire avant-hier tant qu’on y est. Et ne parlons même pas des paiements en 3, 6, 10 fois sans frais, formes de crédit à la consommation un peu sournoises, peu visibles et donc peu perceptibles avant d’en subir les conséquences.

Le conditionnement vient de là, de ce faux sentiment d’urgence et, partant, de ces facilitateurs d’achat qui sont mis en place pour que tout se passe de manière fluide, indolore, imperceptible. Si l’acte d’achat était davantage « palpable », il y a fort à parier que beaucoup de gens achèteraient moins de choses, modifiant leur rapport à la consommation et réduisant de facto leur empreinte.

Nous sommes donc une génération habituée à voir ses désirs satisfaits très rapidement. Et cette immédiateté, c’est un peu une drogue. Qui n’a pas râlé (voire renoncé !) devant un produit dont la livraison prend deux semaines ? Se départir de cette immédiateté, c’est très dur. Car attendre, c’est pénible, c’est frustrant, quand on est habitué à tout avoir tout de suite. Dans mon cas (qui n’est évidemment pas représentatif) c’est ce qui a été le plus compliqué à modifier dans mes comportements d’achat. Puisque l’immédiateté touche à pas mal de choses : le fait d’avoir l’objet entre ses mains, évidemment, mais aussi tout simplement le fait de pouvoir l’acheter immédiatement. J’entends par là qu’avec ce besoin d’immédiateté, j’achète des articles de moins bonne qualité parce que je ne voulais pas attendre d’avoir les moyens (donc d’économiser) pour avoir mieux. Signe quand même que c’est une sale habitude !

Et pourtant, nous avons tous accès à l’information environnementale. Nous nous doutons que quelque chose cloche avec la manière dont tourne le monde. Les médias en parlent, nos entourages en parlent. Personne n’ignore aujourd’hui qu’il existe (sans doute, #complot) un truc appelé « réchauffement climatique », ou que les ours polaires disparaissent (ou, moins spectaculaire mais tout aussi grave, que les insectes disparaissent, avec tout ce que ça implique en termes de biodiversité et de pollinisation des cultures. À lire notamment sur France Info et dans la chronique de Jean-Mathieu Pernin).

« Après ces années « faciles », le constat a été fait et relayé par les médias, les experts et la communauté internationale. Il est apparu que le mode de consommation hier réservé à quelques pays situé plutôt au dessus de l’équateur, ne pouvait être étendu à l’ensemble de la planète. Le constat s’est imposé : soit nous partageons, soit l’humanité s’expose à des risques énormes (guerres, famines, révoltes…). De ce fait la nouvelle génération est sensibilisée, l’information largement médiatisée et reprise lors de grands sommet internationaux facilite la prise de conscience ». (Alain, 61 ans)

Pour Pompon (36 ans), « Ma génération a fait partie des premiers « alertés ». J’ai connu les premiers messages du genre « si on continue, dans 50 ans il n’y aura plus d’ours polaires ». Le truc c’est qu’à l’époque, ça attristait mais ça ne remettait rien en cause. Et là, 30 ans plus tard, on se dit « wouah, c’était vrai en fait ! » poker face* » .

La constatation de visu des dégâts portés sur l’environnement par notre mode de consommation motive largement l’entrée dans une démarche plus responsable. Comme Saint-Thomas, l’humain a besoin de voir pour croire -faut admettre que c’est bien plus efficace que de juste croire sur parole ou imaginer ! L’information existe donc. Nous y sommes exposés quotidiennement. Et elle joue un rôle très important dans la sensibilisation de notre génération aux enjeux écologiques.


C. L’impact de l’information et du contexte social

On pourrait penser que l’accès à l’information suffirait à sensibiliser les gens de ma génération. Le nombre de vidéos sur l’environnement partagées sur mon fil Facebook, par exemple, est étonnant. Cette génération Y est donc très largement exposée à l’information, bien plus que les générations précédentes. En cela, on pourrait dire que nous sommes davantage sensibilisés aux enjeux environnementaux, puisque nous en parlons régulièrement et que nous entendons ce message dans les médias depuis que nous sommes petits.
Pour Amandine, 25 ans : « Ma génération a commencé à être sensibilisée avec l’arrivée des poubelles jaunes et du coup, on en a parlé à l’école. Même en cours de langue, on apprenait le langage lié au changement climatique. Les médias en parlent. C’est également devenu une sorte de mode. Ce n’est sûrement pas encore vrai partout et pour tous (y’a qu’à voir mes colocs…), mais d’une certaine façon nous n’avons pas le luxe de pouvoir ignorer ce problème désormais alors on y est forcément sensibilisé. »

La « menace » environnementale devient une réalité pour nous, génération post-baby boom. Nous ne pouvons plus l’ignorer ; l’information est traitée par la plupart des médias, généralistes ou non, avec plus ou moins de sérieux ou de précision.

Sommes-nous la génération de l’information ? Pour Aurore (31 ans), c’est plus nuancé. « Je suis sensibilisée aux enjeux écologiques et cela vient de mon éducation (famille, école, mais même séries TV jeunesse de l’époque … l’écologie, c’était quand même à la mode dans les années 90*). Mais quand je vois des gens de ma génération autour de moi, qui ne savent pas éteindre une lampe « parce que je reviens dans 30 secondes dans cette pièce » (…) ou « les centrales nucléaires ne peuvent pas stocker d’énergie donc que tu allumes ou pas ta lampe l’énergie est créée, ça ne change rien » ; je me dis que toute ma génération n’a pas reçu le message, sans que je puisse l’expliquer (famille plus ou moins réceptive ?) ». * genre Captain Planet !

Entendre le JT de 20h parler d’une catastrophe naturelle en Asie du Sud-Est ne suffirait donc pas à sensibiliser les populations. Dit comme ça, cela semble évident ! Le rôle de la famille, de l’entourage immédiat, et plus généralement du milieu social ou éducatif peut effectivement jouer un rôle clé. Si l’on a entendu ses parents, professeurs, etc … parler d’écologie ou simplement adopter des gestes simples pour l’environnement quand on était petits, on peut avoir tendance à s’en souvenir plus tard.
A l’inverse, si on n’en entend jamais parler autour de soi, la question ne vient pas forcément d’elle-même dans notre esprit -ou bien plus tard.
Il y a une différence d’impact entre l’information « objective » que l’on reçoit via les médias, et celle plus subjective et personnelle que l’on reçoit de son entourage. Ce que la télé dit, ça n’engage que la télé, c’est un message lointain, déconnecté de nous-mêmes. Par contre quand le message vient de quelqu’un qu’on connaît, qui est présent dans notre vie, l’information prend une autre dimension. Elle adhère davantage, elle prend de la profondeur, elle s’ancre dans une réalité proche de nous-mêmes, et pas seulement lointaine (la réalité « de l’autre bout du monde » où il faut le voir pour le croire -mais manque de bol, comme on ne le voit pas, on n’y croit pas vraiment).

Pour Camille (38 ans), « J’ai l’impression qu’il y a de grosses disparités dans ma génération, disparités qui sont liées à l’accès à l’information, qui est elle-même procurée par la société, l’éducation, le niveau de vie des parents, etc. Pour ma part, j’ai été sensibilisée car mes parents étaient écolos à la base, qu’ils m’ont appris à être curieuse, que j’appartiens aujourd’hui grosso modo à la classe moyenne supérieure et que j’ai les moyens intellectuels et financiers pour consacrer du temps à la question. Une personne de ma génération qui aura vécu dans un désert intellectuel et qui aujourd’hui n’a aucune ressource « humaine » et financière sera peut-être moins sensible au sort des ours polaires qu’à la façon dont elle va réussir à boucler le mois sans se retrouver à la rue (bon, ok, je grossis « juste » un peu le trait…) » .

Camille souligne ici un élément que l’Insee a relevé dans son étude « Les acteurs économiques et l’environnement » de 2017

« Une enquête menée conjointement par le CGDD-SDES et le Crédoc, montre que la sensibilité des citoyens à l’égard de la protection de l’environnement varie selon le contexte socioéconomique. Lorsque les préoccupations à l’égard du chômage sont élevées, l’environnement paraît être un sujet moins crucial. Inversement, les Français se préoccupent davantage des enjeux environnementaux quand la situation économique nationale s’améliore. De fait, la sensibilité environnementale a eu tendance à décroître au cours des dernières années, dans un contexte marqué par la dégradation du marché de l’emploi.«  (Insee Références, fiche 2.1 Préoccupations environnementales des Français, 2017)

La sensibilité aux enjeux environnementaux, pour ma génération, serait donc elle-même sensible au contexte individuel. Si l’on a comme préoccupation principale de ne pas finir dans le rouge en fin de mois, l’écologie apparaît en second plan, comme une considération bien secondaire par rapport aux premières nécessités (manger, avoir un toît…).
Ce qui n’est pas faux. Il me semble essentiel de le souligner : si la précarité est telle qu’on ne sait pas comment se nourrir ou se loger pendant plusieurs jours, l’urgence humaine prévaut.

Mais comment expliquer alors l’inaction globale d’une grosse part de la population qui, pourtant, est plus ou moins à l’abri du besoin ? La perception de son propre pouvoir d’achat, mis en rapport avec ses propres capacités d’actions pour l’environnement, est souvent mal perçu, je pense. On s’imagine que ça coûte cher, et que l’on est obligé de tout faire -alors que faire un peu, c’est déjà bien. En somme, la vision du coût de l’écologie quotidienne est globalement faussée, ce coût étant largement surestimé.

Au-delà encore de la situation économique individuelle, l’éducation et le milieu social jouent un rôle très important. Idée confirmée par Mélaine, 28 ans : « Je pense que ma génération est plus sensibilisée aux enjeux écologiques parce qu’on l’a appris. (…) Je sais que j’étais abonnée à des revues sur la nature, qui me sensibilisaient sur la question, qu’on en parlait à l’école, etc. Maintenant, une grande partie s’en fiche, n’a pas retenu, pas compris, pas écouté, d’autres comme moi sont encore trop frileux ».
Mélaine constate une disparité importante dans sa classe d’âge, entre ceux qui sont vraiment sensibilisés et ceux qui doutent clairement.

Preuve supplémentaire de l’importance du milieu dans cette sensibilité : en fonction des pays, les comportements sont très différents. Stéphane (26 ans) a vécu près d’un an en Nouvelle-Zélande, et a été très surpris du désintérêt global de ses colocataires (pourtant globalement de son âge) pour les gestes écolo basiques :

« Dans mes groupes d’amis [en France] cela semblait naturel. Puis j’ai vécu en Nouvelle-Zélande avec 9 autres colocataires (Kiwis et Indiens), tous plus ou moins de ma génération. En 6 mois, on a réussi à leur inculquer le tri sélectif (mais visiblement sortir les bennes de la cuisine pour les mettre dans les poubelles à l’extérieur c’était trop demander). Par contre, éteindre les lumières le soir ou correctement fermer les robinets ce n’est pas encore ça. Autant dire qu’il reste énormément de chemin à parcourir. »

Coralie (28 ans) met le doigt sur un aspect intéressant : l’importance de l’auto-information. « Les poubelles jaunes sont parfaitement bien rentrés dans les mœurs, on nous parle beaucoup de l’impact écologique et puis on est une génération internet, on y trouve beaucoup plus d’information qu’à la télé par exemple. Mais c’est comme tout, si les personnes s’y intéressent elles iront plus loin dans la recherche d’information, mais il y a toujours des irréductibles qui préfèreront zoner devant NRJ12 toute l’après midi plutôt que de s’inquiéter de l’état de notre planète. »

Nous avons tous, toutes générations confondues, un rapport différent à l’information. On peut se contenter d’absorber ce qui nous est apporté (télévision, par exemple), avoir envie de creuser plus loin en allant rechercher soi-même l’information. On peut faire confiance, on peut se méfier des médias. En 2017, une étude citée par Le Monde a établi que 67 % des interrogés se méfiaient des journalistes, jugés non indépendants des pressions politiques et du pouvoir.
Ce rapport individuel à l’information peut déterminer en grande partie notre sensibilité au message environnemental. L’info est là, disponible, prête à être digérée … mais elle est souvent diluée, voire occultée par d’autres, qui se succèdent toujours plus vite. Il y a de quoi avec le tournis … En effet, si une bonne partie de notre génération est sensibilisée, certains s’arrêtent aux messages relativement édulcorés que l’on entend par les canaux généralistes (journal télévisé, radio …), et où la question environnementale est souvent traitée soit sous l’angle catastrophiste (avec pour effet un sentiment d’impuissance et de paralysie), soit sous l’angle anecdotique voire un peu moqueur présentant certaines alternatives comme étant des trucs d’hurluberlus (autre mot que je voulais placer) mais pas très sérieux.
Donc si l’on ne prend pas en main, soi-même, son niveau d’information, on peut facilement faire passer les problématiques environnementales au second plan. Mais pour s’informer, il faut en avoir envie ; et pour en avoir envie, il faut voir sa curiosité s’éveiller.

C’est là que le bât blesse : comment susciter chez les gens l’envie d’en savoir plus, de s’informer plus finement, sur le plan pratique (aussi important que la théorie : ça va pas, la nature est en petite forme, mais concrètement comment faire pour changer ?). Et ensuite, comment passer de l’état d’information théorique à une action pratique ? Si vous avez la réponse à ces questions, je suis toute ouïe !

Marine (26 ans) a aussi cette impression de décalage, de diversité dans la prise de conscience. « Je pense malheureusement que ma génération est vraiment à deux vitesses… Nous aussi on a grandi dans l’excès de consommation et certains jeunes adultes ne se rendent pas compte de l’effet que peuvent avoir de tout petits gestes sur l’écologie ».

Pour Isolde (33 ans), la génération Y est celle de la transition :

« Je pense que ma génération est celle qui prend conscience des enjeux écologiques cruciaux, nous sommes une génération de transition sur ces questions. Donc tout le monde dans cette tranche d’âge ne prend pas les choses aussi à cœur, cela dépend de son degré de sensibilité à la cause.  » (Isolde, 33 ans)

L’information environnementale est donc là, disponible, massive, précise, souvent étayée par des appuis scientifiques (aparté : préférez toujours les sources sérieuses, qui citent elles-mêmes leurs sources. On fait dire ce qu’on veut à « une étude » qui n’est ni nommée ni référencée).
Alors comment expliquer que, malgré l’accessibilité de cette information et sa diffusion assez générale dans la population (notamment via les médias sociaux), la génération Y hésite tant à agir et à mettre en place des pratiques visant à se prémunir contre les risques environnementaux ?

Comme le dit Delphine L, « Un écueil est constatable aujourd’hui : la volonté inconsciente de ne pas s’informer pour éviter de devoir agir (voir la dissonance cognitive:) ) ».
Si l’on se cantonne à une information superficielle (telle que généralement délivrée dans les grands médias généralistes), on n’a pas forcément le déclic pour agir. Mais agir, c’est aussi sortir de sa zone de confort, changer ses habitudes et faire autrement. Cela demande un effort plus ou moins important, effort que l’on n’est pas forcément enclin à fournir (que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons). On retrouve ici l’idée de la dissonance cognitive, que j’avais évoquée dans l’un des premiers articles de mon blog. On sait qu’il faudrait agir, mais on ne le fait pas. On met alors en place des astuces (stratégies mentales ou cognitives) pour compenser ce décalage entre ce que nous savons « bon/mauvais pour l’environnement, et ce que nous faisons vraiment.


D. Observateurs mais pas acteurs : la dichotomie théorie-pratique

La génération Y a accès à une large information sur le sujet de l’environnement, de sa préservation et des menaces qui pèsent sur lui. Tous s’accordent à dire que polluer, c’est pas bien.
Mais à côté de ça, les individus eux-mêmes n’agissent que très peu (les actions individuelles restent minoritaires), et certains, face à des alternatives, se montrent réfractaires.

On pourrait expliquer cela par plusieurs éléments :

  • Le biais de proximité

La génération Y, fortement ancrée dans la vie médiatique (y compris sur internet), peut avoir du mal à différencier le discours des faits. Entre ce que les journaux disent, et la réalisation concrète des conséquences de nos actes, il peut y avoir un gouffre.

On reverra cela plus tard, mais j’utilise souvent la même image : un incendie inquiète beaucoup plus s’il survient chez le voisin qu’à l’autre bout du monde. (ou, comme le dit plus sérieusement l’Insee, « L’état de l’environnement de proximité étant jugé à travers les impacts subis ou perçus quotidiennement sur leur cadre de vie, la question des risques (naturels ou technologiques) est rarement évoquée par les enquêtés » (Insee Références, Fiche 2.1 Préoccupations environnementales des Français, Les acteurs économiques et l’environnement, 2017).
Ainsi, le discours des médias peut toucher … mais ça peut aussi s’arrêter là. On se dit « ohlala c’est triste », sans suite derrière.

  • La résistance au changement

L’humain est une créature d’habitudes. Quelle que soit la génération, il est très compliqué d’accepter le changement. J’en avais parlé dans deux articles (Ecologie et pression sociale, et Pointer la faille). Face à un comportement différent, il est bien plus facile, et moins fatiguant mentalement, de se moquer ou de faire bloc, plutôt que d’envisager de modifier son schéma de pensée. En somme, la dissonance cognitive !

Cependant, la dissonance cognitive ne peut pas expliquer entièrement la raison d’un décalage information/action chez certaines personnes. Le rapport et la défiance envers les médias peut en être une autre raison, tout comme la hiérarchisation des priorités individuelles (comme on l’a vu plus haut).

Dans tous les cas, les répondants à mon questionnaire ont souvent constaté une véritable dichotomie entre théorie et pratique parmi les gens de la génération Y. Par exemple Max, 29 ans, dit : « Aujourd’hui on en parle énormément. Bien sûr, certains préfèrent ne pas regarder/écouter afin de rester dans leur zone de confort. »
On peut avoir conscience de certains problèmes, mais ne pas agir pour les régler pour autant. Virginie, 32 ans, nous donne un exemple : « Il y a un début de prise de conscience mais peu d’action. Par exemple lors d’un weekend entre filles on a proposé avec une copine, de réduire les déchets des pique-niques en emballant les sandwichs dans emballages réutilisables (tissu imbibé de cire d’abeille) ben les gens n’étaient pas du tout réceptifs et se sont bien fichus de nous ! Y compris quand on a rejoint une famille qui ne comprenait pas pourquoi on se prenait la tête avec ça au lieu d’utiliser du jetable … »

Pour Audrey, 26 ans : « Reste à surmonter la flemme. » La flemme… Cette empêcheuse de tourner en rond qui empêche, en même temps, d’avoir bien conscience de ce que l’on peut effectivement et concrètement faire au quotidien.

La résistance au changement peut aussi passer une méconnaissance de nos impacts individuels, ainsi que le dit Julie W : « Beaucoup ne dépassent pas le « si je suis seul à agir, les choses ne changeront pas » ».

Laura (28 ans) constate la même chose, et sur pas mal de sujets : il y a actuellement un discours « écologique » assez audible, mais qui ne considère pas la globalité des choses (origine et destination finale des produits, par exemple).

« Je pense que je fais partie de la génération du bio. Je ne sais pas si c’est par mode ou par réelle sensibilité à la cause écolo. Au final, je pense qu’on va dans le bon sens, mais qu’aujourd’hui on perd petit à petit nos libertés de choix. Il faut se définir « écolo », « bio », « bobo » « végétarien » « vegan » à grand renforts d’arguments plus ou moins extrêmes. A trop vouloir bien faire on se retrouve avec des aberrations qui pourtant partent d’une bonne intention (coucou les aliments bio qui parcourent 10000 km en avion, la production de masse aussi en bio dans des serres avec des tracteurs, les batteries des voitures électriques qu’on recharge avec du nucléaire et dont on ne sait pas quoi faire une fois qu’elles seront mortes…). A mon sens, être sensible à une cause, c’est avant tout garder son libre arbitre et pouvoir réfléchir aux risques et aux bénéfices que cela implique. » (Laura, 28 ans)

Effectivement, on a tendance à montrer un grand engouement devant certaines alternatives, sans forcément réaliser que ces alternatives ne sont peut-être que de très maigres améliorations par rapport au système existant. L’exemple du « bio » suremballé, produit industriellement et venant de l’autre bout du monde est assez révélateur. C’est pas parce que c’est bio que c’est la panacée, surtout à notre époque où le naturel est devenu une image de marque (voir mon article sur le greenwashing, et sur l’alimentation bio).

Serions-nous, comme ça a été évoqué, une génération de transition en matière écologique, une génération qui (se) cherche des solutions ? Serions-nous une génération de transition, qui cherche à se départir d’un modèle (l’hyperconsommation) mais ne sait pas vraiment comment faire ? Se détacher d’un modèle d’éducation, quel qu’il soit, est un processus difficile, qui nécessite énormément de remise en cause (de soi, de son entourage).

Serions-nous une génération de transition en matière écologique, une génération qui (se) cherche des solutions ?

C’est une démarche qui peut même être douloureuse, tant elle peut nous faire sortir de notre zone de confort. Cette démarche est pourtant utile et, je dirais même plus (#dupontetdupont), salutaire. De par son effet immédiat, mais également en termes d’exemplarité, notamment pour les générations suivantes, celle de nos enfants et toutes celles qui suivront.

(A suivre : Préparer le futur, les défis de la génération Z)

9 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Elodie Peony dit :

    Je me suis rendu compte que ma consommation devenait encore plus décomplexée à cause du boom du marché de la maison seconde main (on parle du matraquage publicitaire de Vinted?). En clair, j’hésite moins à acheter car je sais que je pourrais revendre plus tard pour financer un nouvel achat. C’est un peu la spirale du consumérisme sous couvert d’un vernis « économie circulaire ».

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    1. Wild Wild Waste dit :

      C’est tout à fait vrai ! J’ai la même tendance à me « dédouaner » de ma consommation en me disant que ça va, c’est d’occasion.
      Sauf que la seconde main a certes un impact inférieur au neuf, mais elle a un impact quand même… y compris sur mon portefeuille !

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  2. La Nébuleuse dit :

    Il y a aussi souvent un oubli de notre position sociale : les collectifs écolo et les individus qui se réclament de l’écologie du quotidien sont souvent plutôt des personnes blanches et/ou diplômées et de classes supérieures, qui ne réalisent pas toujours l’énergie et l’espace mental que nécessite cet investissement au quotidien. Une écologie populaire devrait s’intéresser aussi et avant tout aux conditions de vie de tout le monde, comment on vit dans nos quartiers, à quoi on a accès, à quelles pratiques, comment sont logés les gens, quelles conditions de logement (et c’est aussi un enjeu écolo du même coup !), qui a accès à une nourriture locale et de bonne qualité. C’est le gros challenge du mouvement écologiste à l’heure actuelle je pense, d’accepter de ne pas aller apprendre aux autres, mais aussi d’apprendre de ce qui se fait déjà dans d’autres luttes, je pense !

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    1. Wild Wild Waste dit :

      Je suis on ne peut plus d’accord !
      J’ai une formule que j’aime bien utiliser pour décrire ma vision de l’écologie : pour une écologie socialement accessible, acceptable et acceptée.

      On oublie bien vite (moi la première) que les préoccupations environnementales viennent au second plan quand, de base, on n’est pas issu d’un milieu qui favorise cette prise de conscience et les moyens d’agir dessus.

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      1. La Nébuleuse dit :

        En effet, mais je pense que ça va au-delà du fait de ne pas avoir de prise de conscience, car actuellement les problèmes écologiques on en entend parler dès l’école… c’est aussi la nature même de la prise de conscience, et l’investissement disproportionné en temps en énergie en argent etc de consommer plus écolo ou de changer ses pratiques au quotidien, pour des effets positifs très marginaux au final. Y’a un peu de niveaux en fait : d’une part oui c’est pas la préoccupation principale car pas vraiment les moyens que ça le soit… mais parfois y’a une vraie action de menée, et c’est juste qu’elle est pas défine comme écolo ! Y’a beaucoup de mobilisations dans les quartiers populaires autour du logement, de la sécurité des espaces publics et routes, de l’accès aux services de première nécessité etc… et c’est pas forcément hors sujet sur le plan écolo. En tout cas la conclusion à laquelle j’arrive de mon côté, c’est qu’on devrait ouvrir nos perspectives sur ce qui est pertinent politiquement : ces luttes là sont indissociables de la lutte écolo, et parfois elles sont menées par ces mêmes personnes dont certains disent qu’ils ont pas de conscience écolo etc 🙂

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  3. La Nébuleuse dit :

    Hello ! Etant sociologue, je me permets de donner quelques pistes en compléments de l’approche sur la psychologie et la résistance au changement évoquée ici. Jusqu’à présent dans les assos et collectifs écolo, je lis beaucoup d’analyse sur l’impact de l’exposition à l’information, comment mieux informer, dépasser les « biais » psychologiques etc. C’est bien sûr important d’avoir ces connaissances de psyho en tête, mais il y a aussi des limites, c’est glissant : on voit les autres comme des personnes qui sont forcément biaisées (sinon elles feraient comme nous, qui avons compris)… c’est d’ailleurs un peu ce qu’on sent dans une des citations où la personne dit « En 6 mois, on a réussi à leur inculquer le tri sélectif ». Waw, c’est très fort comme terme quand-même : on va à l’étranger pour expliquer aux gens comment faire … mais dans beaucoup de pays par exemple, le tri sélectif ne sert à rien car tout est brûlé dans les mêmes déchetteries (et c’est pour ça qu’il y a peu d’incitation à le faire aussi). En France on a eu quelques exemples aussi de communes où les gens se sont rendus compte qu’ils triaient pour rien depuis des années. C’est là qu’une approche en termes de pratiques sociales, qui s’intéresse aussi aux infrastructures matérielles est nécessaire en fait.

    Pour donner un exemple de ce type d’approche, on peut prendre l’exemple de la promotion de l’usage du vélo pour aller au travail et au quotidien (une doctorante, Amélie Anciaux a présenté une communication là dessus dont je me souviens, d’où l’exemple). Une approche en termes d’information et de « biais » ça serait de se dire : y’a pas assez de promotion du vélo, il faut faire des campagnes, les gens pensent que le vélo est plus difficile et dangereux qu’il ne l’est réellement etc. Sauf que pas mal d’autres aspects entrent en jeu. Déjà bien sûr l’existence d’infrastructures comme les pistes cyclables, mais pas seulement. Est-ce que les horaires de début du boulot et ceux des écoles permettent réellement de faire les trajets en vélo sans arriver en retard à l’un ou l’autre endroit ? Est-ce que les entreprises sont équipées de douche à l’arrivée et d’endroits où se changer ? (car normes sociales liées aux vêtements de travail etc). C’est un exemple parmi d’autres, mais souvent il y a quand-même des raisons derrière la difficulté d’un changement de pratiques.

    Idéalement on doit essayer de se pencher donc sur les différentes dimensions d’une pratique : les infrastructures matérielles, les normes et représentations sociales, et les compétences/savoir faire des personnes.

    Désolée pour le gros pavé, mais ça me faisait beaucoup penser à ce champ de recherche 🙂

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    1. Wild Wild Waste dit :

      Bonsoir ! Ne t’excuse pas, c’est un point de vue bienvenu de la part de quelqu’un dont c’est le métier !

      Effectivement il y a toujours des biais de communication, je crois que j’en parle dans une autre partie (pas encore publiée). Et surtout, je trouve que quand on défend une valeur à laquelle on a un attachement presque « émotionnel », c’est difficile de prendre de la hauteur, et d’admettre que les choses ne sont peut-être pas aussi simples qu’on le voudrait.

      Quelque part, sur des sujets comme l’écologie, prendre le temps de proposer certes des solutions, mais en les mettant en perspective avec les limites objectives de notre société ou notre quotidien (par ex. Les infrastructures pour le vélo), et bien on est vite taxé de défaitiste par les militants. Ou, si ce n’est pas de défaitiste, alors c’est de réfractaire.

      C’est peut-être lié aussi à une tendance naturelle au manichéisme et à un genre d’amalgame entre la fin et les moyens (si c’est bien alors c’est facile, et ça devrait l’être pour tout le monde)… Je ne sais pas ce que tu en penses, je pose ça là à 23h en y ayant réfléchi 40 secondes en tout et pour tout 😂

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      1. La Nébuleuse dit :

        Oui je vois ce que tu veux dire pour l’amalgame dont tu parles à la fin ! On a sûrement un peu tous et toutes cette tendance

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