Faire le choix de l’éthique : mon expérience avec Enercoop et l’énergie verte

Trier correctement ses déchets, les réduire, choisir des produits à plus faible impact environnemental et humain, se méfier du greenwashing, fabriquer ses produits ménagers …

Oui c’est super bien. Vraiment. Pouces en l’air, parce que faire le moindre pas est déjà ultra important. Chacun de nos gestes a un impact.

Et si on veut aller un petit peu plus loin ? Si on veut intégrer l’éthique dans l’équation ? (comme si c’était déjà pas assez compliqué comme ça, vous entends-je maugréer. Sisi je vous entends.)

souffleAllez un peu de courage.

Comme je sais qu’on hésite souvent à se lancer dans un changement de banque ou de fournisseur d’énergie (parce que ça fait toujours un peu peur), je me suis décidée à vous livrer mon impression perso sur ces deux sujets !

On commence par l’électricité, que j’ai choisie verte et engagée : je suis passée chez Enercoop depuis bientôt un an !

enercoop

Temps de lecture : 5 minutes

NB : Cet article ne contiendra que des GIFs de la série Kaamelott. Parce que je peux. Vouala.


Je fais cet article en-dehors du Guide du Noob car il parle d’une démarche encore supplémentaire par rapport aux bases. Mais il pourrait tout aussi bien se greffer au reste !


  • Qu’est-ce que l’énergie verte ?

Je précise que je ne dis ici que ce que j’ai compris du schmilblik. J’essaie de le clarifier, mais croyez-moi, les informations objectives sur ce sujet sont rares, c’est très flou et vague. J’y ai mis du mien pour débroussailler le sujet en me coltinant diverses sources, mais a priori il est difficile de trouver une info claire et fiable ; tout ça ne facilite pas du tout la compréhension du sujet … Je m’excuse donc d’avance si je fais des raccourcis ou si j’ai mal interprété certains aspects !

Les gens un peu sceptiques vous le répéteront en boucle : on n’a aucun moyen de connaître l’origine de l’électricité qui arrive chez soi quand on allume son four ou qu’on joue à la PS4.

C’est pas faux.

percevalQuoi, c’est « four » que vous comprenez pas ?

Effectivement, tous les fournisseurs utilisent le réseau EDF, l’énergie passe par les câbles EDF en somme : il n’existe pas d’autre réseau.
Donc toute l’énergie produite, quelle qu’en soit l’origine, est mélangée « dans les tuyaux » si je puis dire.
En effet, quand j’allume ma lampe de bureau, je ne peux pas savoir si c’est une centrale nucléaire ou une éolienne qui a produit les quelques watts pour ça.

MAIS la différence, quand on choisit un fournisseur d’énergie verte, c’est qu’on paye donc un fournisseur qui achète de l’énergie verte (provenant d’éoliennes, d’hydraulique, etc). Pour la quantité que je consomme, mon fournisseur achète la même quantité d’énergie durable, plutôt que chez une centrale nucléaire ou à charbon par exemple.

Tout cela fonctionne avec les « certificats de garantie d’origine » … dont il faut se méfier parce que parfois, il certifient que dalle.

mensonge


  • Les certificats de garantie d’origine

Il faut déjà faire la différence entre « producteur » d’électricité et « fournisseur ».
Le producteur est celui qui fabrique l’énergie (par exemple, le propriétaire d’un parc éolien).
Le fournisseur est celui qui achète l’énergie au producteur, et la revend au consommateur (nous-mêmes).

Prenons un producteur d’énergie renouvelable (au pif, le fameux propriétaire du parc éolien).

Normalement, le certificat de garantie d’origine vérifie que le producteur a bien produit telle quantité d’énergie verte (disons un MWh).
Le plus simple, c’est alors que le fournisseur achète directement cette quantité l’électricité au producteur d’énergie verte, et l’injecte directement dans le réseau.
Là, pas de souci particulier, le certificat de garantie d’origine montre bien que l’énergie achetée par le fournisseur est bien d’origine verte uniquement.

Sauf qu’a priori (si j’ai tout bien compris), pas mal de producteurs d’électricité « verte » versent leur production dans un genre de vivier commun, une sorte de « piscine » où tout sera mélangé (nucléaire, charbon, éolien …) : on appelle ça « l’électricité grise« .
Le fournisseur arrive ensuite, achète un « pack » dans le vivier commun (qui contiendra donc un peu de tout), et achète en parallèle le certificat de garantie d’origine, puisque dans le pack, il y a de l’énergie renouvelable.
Vous voyez le problème ?
Le fournisseur ne peut alors pas réellement affirmer qu’il soutient l’énergie verte … puisqu’il a acheté un pack qui contient de tout.
En somme, le certificat de garantie d’origine lui permet de dire que pour chaque kWh consommé, le fournisseur achète un certificat émis par un producteur vert qui se trouve quelque part en France ou en Europe. C’est tout.

De plus, moi consommateur qui veut financer de l’énergie renouvelable, je me retrouve à donner des sous à des fournisseurs qui continuent de faire fonctionner en parallèle les énergies non renouvelables.

fourbe

Pour utiliser une métaphore peut-être plus parlante :
Imaginez un producteur de pommes bio (appelons-le M. Pomme) qui veut vendre ses pommes bio.
► Soit il vend ses pommes et le certificat bio directement à un magasin (qui revendra lui-même aux consommateurs), et donc le magasin peut dire « ces pommes sont bio ! », son certificat
► Soit il envoie ses pommes dans un grand bac, où d’autres producteurs de pommes mettent les leurs aussi, qu’elles soient bio ou pas bio. Pommes bio et pommes non bio sont donc mélangées dans ce bac.
Le magasin se tourne alors vers ce bac commun, et achète un lot de pommes, qui sont donc indifféremment bio ou pas bio (on peut pas savoir, elles sont toutes mélangées dans le bac). Et à côté de ça, le magasin achète un certificat disant que sans doute certaines pommes sont bio. En somme, le certificat va dire « oui oui, M. Pomme a bien produit des pommes bio », mais ça n’empêche pas le magasin de quand même revendre des pommes pleines de pesticides.
MANGEZ DES POMMES qu’il disait.

La difficulté c’est que ce système n’est pas clair du tout (même pour moi hein), et pas mal de fournisseurs revendent leur machin en l’étiquetant comme « offre verte » en faisant croire que l’électricité qu’on consomme est garantie d’origine renouvelable (offre verte d’EDF, de Direct Energie, Lampiris, Planète Oui … en sont des exemples).
Alors qu’en parallèle ces fournisseurs continuent de financer le charbon, le nucléaire, etc.

Il devient alors compliqué de trouver un vrai fournisseur d’électricité verte, puisque pas mal utilisent les procédés du greenwashing et que -il faut le dire- il règne un flou artistique assez impressionnant autour de cette question.

Il existe cependant des fournisseurs qui s’engagent directement auprès des producteurs d’énergie renouvelable et qui leur achètent leur énergie à eux, et uniquement à eux.
Au lieu d’acheter un lot « en gros » d’énergie qui contient de tout, ou de sources variées, ils vont acheter directement chez le producteur éolien, chez le producteur hydraulique, etc. Ainsi, ils peuvent garantir et prouver que l’énergie qu’ils ont acheté (et donc injecté sur le réseau) est uniquement d’origine renouvelable.

Parmi ces fournisseurs, il y a par exemple Ilek, ou Énergie d’ici. Il y a aussi Enercoop, que j’ai choisi pour l’engagement coopératif -et aussi parce qu’à l’époque je ne connaissais pas les autres XD

EDIT : On m’indique dans les commentaires que l’électricité « grise » n’existerait plus vraiment en France.
Du coup, ça complique encore plus la compréhension du schmilblik je trouve !
J’imagine que du coup, le fournisseur « classique » achète quand même son énergie verte sur le marché de l’électricité, mais que le bât blesse à un endroit : moi consommateur, je donne des sous à mon fournisseur qui va acheter de l’électricité verte, mais aussi d’autres formes d’énergies bien moins écolo (nucléaire, charbon …).
Et du coup, l’engagement serait là : financer un fournisseur qui se fournit QUE de l’électricité verte 🙂

Je continue mes recherches, un jour je comprendrai tout ce bazar, je le jure !


  • Enercoop : pourquoi c’est bien ?

Enercoop fonctionne en coopérative, et s’approvisionne auprès de petits producteurs en veillant à les rémunérer au prix le plus juste. On peut donc dire que c’est un fournisseur éthique, qui investit dans l’énergie renouvelable en s’engageant dans des circuits courts, via des producteurs indépendants.

Du coup, Enercoop injecte pour de vrai -et seulement- de l’énergie verte dans le réseau -et pas un mix qui mélange plein de trucs dont peut-être éventuellement un peu d’éolien pour faire joli.

On peut donc affirmer qu’Enercoop commercialise une électricité 100% verte puisqu’ils n’achètent pas autre chose par ailleurs.

bravoHigh five pour Enercoop !


  • Plus vert = plus cher ?

J’avais un peu peur de payer beaucoup plus cher en passant chez Enercoop -les idées reçues ont la vie dure, dans l’imaginaire collectif énergie verte = trop cher.

cherMoi quand on me disait que l’énergie verte, ça coût un bras. 

Mais c’était sans compter quelques éléments comparatifs avec le fournisseur historique :

1) EDF augmente constamment ses tarifs. On a tous au moins entendu parler (ou pire, subi) des régularisations a posteriori dues aux évolutions de tarifs décidées en Conseil d’État. La bonne surprise de quelques centaines d’euros d’un coup, parce qu’en plus c’est rétroactif -sinon c’est pas drôle.

onenagrosMoi quand EDF me réclame une régularisation sur deux ans …

2) Par conséquent, il ne va pas se passer beaucoup de temps avant que le prix de l’énergie chez EDF dépasse les autres fournisseurs, tout en étant toujours produite par des sources non renouvelables (censées être moins cher …)

Au final, franchement ça se vaut.
Je n’ai que peu de recul, évidemment, puisque ça ne fait même pas un an, mais j’ai comparé sur plusieurs mois et le surcoût est minime, voire négatif certains mois !

chart_enercoop_edf.png

Pourtant on pensait qu’on devrait faire beaucoup plus attention à notre consommation en passant chez Enercoop (pour minimiser le surcoût), mais au final on n’a pas vraiment changé nos habitudes.

Je suis facturée tous les deux mois (sur la base de mes relevés d’index, pour être facturée sur ma consommation), et on tourne toujours autour de 60-65€ tous les deux mois.
Notez que dans notre appartement, on paie le chauffage central et l’eau chaude dans les charges. Donc l’électricité ne concerne que la lumière et les appareils électriques (d’où la conso assez raisonnable chaque mois).

Comme expliqué sur l’image, il y a un écart important entre août 2016-2017 et octobre 2016-2017, qui s’explique non pas par le prix de l’énergie, mais par des erreurs ou absences de relevés. Sur ces mois-là, j’ai donc été facturée sur des estimations.

Là où c’est le plus flagrant, c’est en lissant les factures sur l’année, en faisant une moyenne.

Pour 10 mois chez EDF (mai 2016 à février 2017), le total est de 283,30€, soit 28,33€ par mois.
Pour 10 mois chez Enercoop (mai 2017 à février 2018), le total est de 299,88€, soit 29,99€ par mois.

Enercoop présente un surcoût, donc, d’un euro cinquante et des poussières chaque mois (1,66€ pour être exacte)

chart_moyennes.png

Franchement, avec en parallèle les tarifs EDF qui augmentent chaque année, ça se vaut largement. Si le prix actuel d’une énergie propre et éthique c’est 1,60€ chaque mois, je donne sans problème ^^ (surtout que, comme on l’a vu, d’une part on aurait moyen de réduire les factures en surveillant mieux notre consommation, et d’autre part bientôt les tarifs EDF dépasseront ceux d’Enercoop).


  • Et le service clients ?

Je n’ai, à ce jour, eu aucun souci avec le service clients, ni pour changer mon contrat, ni pour les joindre pour d’autres sujets.

Il y a eu un petit micmac à un moment donné, je ne pouvais pas saisir mon index (ce qui a donné lieu à une estimation, supérieure à nos consommations). J’ai donc saisi le service clients, et on m’a expliqué la procédure : j’avais voulu saisir mon index trop tard. Tant pis, j’ai été facturée sur une estimation, mais ça s’est régularisé tout seul par la suite du coup ! Au moins on m’a expliqué 🙂

La transition entre les deux fournisseurs s’est faite très simplement, c’est Enercoop qui s’est chargé de résilier mon ancien contrat chez EDF, je n’ai quasiment rien eu à faire.


Voilà mon avis perso, évidemment ça n’engage que mon expérience à moi 😉 Mais si ça peut en rassurer certains c’est tant mieux !

La prochaine fois, on parlera argeeent avec les banques éthiques !


Quelques sources et lectures