Challenge de la semaine – Pourquoi ne réduit-on pas nos déchets ?

Bon. J’ai bien noté mes déchets pendant trois jours.
Ça avait bien commencé, et bam c’est le drame.

En fait, je n’étais pas à la maison ce weekend. J’ai essayé de faire attention, mais le AirBnB où je logeais ne triait pas ses déchets (super). Donc déjà, échec de ce côté : les trognons de pomme ? Poubelle ! Les sachets de thé ? Poubelle ! La cartonnette ? POU-BELLE !

trash

Pire encore, aujourd’hui.
Je travaille dans la communication, et cette semaine on participe à un salon. Qui dit salon, dit déchets. Mais genre, multiplié par mille. Mille milliards.

En plus de ça, je pensais que je serais rentrée à mon bureau pour le déjeuner. Sauf qu’en fait pas du tout, j’ai dû déjeuner sur place à l’improviste. Déchets déchets décheeeeets. Un déjeuner + un café = 10 déchets. Rien que ça.

dechetsComment te pourrir tes efforts en 20mn.

Donc ce midi, j’ai mangé avec des couverts jetables. J’aurais pu m’en passer si j’avais eu avec moi des vrais couverts, mais c’est un peu relou non ?

Mais alors … Il existe bien des alternatives pour éviter ces déchets. Pourquoi on ne les utilise pas ?

La plupart des freins sont intérieurs, paraît-il. Alors pourquoi invoque-t-on souvent d’autres raisons pour ne pas mettre en place telle ou telle chose ? Des causes externes et impérieuses, qu’on ne peut pas éviter.

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Alors aujourd’hui, je vous propose de travailler là-dessus ! 
Pourquoi il y a des alternatives zéro déchet qu’on n’arrive pas à mettre en place ?
Disclaimer : je ne donne ici que mon point de vue perso, je ne suis ni psychologue, ni sociologue 🙂 
Disclaimer n°2 : on va parler de frein. Mais mettons-nous d’accord : avoir des freins ou des réticences, c’est pas grave du tout ! Ce n’est pas parce qu’on les identifie qu’on doit absolument les lever. On a tous le droit d’avoir nos propres limites. Si elles sont repoussables, elles se repousseront d’elles-mêmes, sans qu’on ait à se faire violence toutes les quatre minutes 🙂 

  • Typologie des freins

Alors il y a les freins à main, les freins moteur, les frein …
LOL vous l’avez ?

merci Merci. Je serai en représentation à la salle des fêtes de Saint-Sulpice-les-Feuilles le 24 novembre à 18h …

Trève de mauvaises plaisanteries.

On pourrait, je pense, classer les freins en quatre catégories :

Les freins économiques ou financiers
C’est quand on n’a pas assez d’argent (ou qu’on pense ne pas en avoir assez) pour faire quelque chose correctement.

Les freins sociaux et culturels
C’est tout ce qui touche à notre rapport aux autres, famille, amis, ou personnes extérieures.
C’est quand on a peur de la réaction des autres, d’être trop différent, d’être jugé ou mal vu.
Je mets dans le lot les freins culturels, c’est-à-dire ceux qui sont liés à notre culture prise comme l’ensemble des codes sociaux qui unissent un même groupe de personnes.
Les freins liés à la situation ou au contexte personnel

J’inclus là-dedans la question du temps et de la distance.
Ce sont les notions liées à la situation géographique, à la gestion du temps (et a fortiori du temps libre), etc : avoir un travail ou non, pouvoir ou non entretenir un véhicule, choisir son lieu de vie …

Les freins psychologiques
C’est tout ce qui touche à notre personnalité et nos ressentis : la peur, la crainte, l’inquiétude, la notion d’hygiène, d’efficacité …
Le truc, c’est que parfois ces freins sont réels, incompressibles, inévitables.
Mais parfois ils sont juste psychologiques, des constructions érigées par notre cerveau comme argumentaire pour ne pas être confronté pour de vrai au coeur du problème, au nerf de la guerre, au Noeud parmi les noeuds : le changement.
bagSoufflez, respirez, ça va bien se passer.

  • Quelques exemples appliqués aux déchets

Frein financier
Je ne peux pas remplacer mes cotons jetables par des lavables, c’est trop cher à l’achat.
Je ne peux pas acheter tous ces produits solides (shampooing, dentifrice…), ni ces huiles pour remplacer mes crèmes, c’est trop cher, j’ai pas ce budget.
broke
Frein socio-culturel
Je ne vais quand même pas arrêter l’essuie-tout, comment je vais faire si j’ai des invités ?
Je ne peux pas remplacer les cotons-tige par un oriculi, ma famille ne va jamais accepter.
Le lavable c’est bien pour les gens qui n’ont pas le choix, moi j’en n’ai pas besoin.
never

Vos enfants quand vous leur proposer de passer au dentifrice solide.

Frein de situation/de contexte
Je ne peux pas acheter en vrac, j’habite trop loin, j’ai trop de trajet à faire pour trouver.
Je ne peux pas avoir de compost, j’ai pas le temps de m’en occuper.
time
Frein psychologique
Je ne peux pas opter pour la coupe menstruelle, ça me fait peur.
La douchette et la lingette lavable aux toilettes, jamais de la vie, c’est dégueu.
eww

  • Comment identifier des freins ?
Si vous êtes comme moi, vous vous retrouvez peut-être parfois à refuser quelque chose sans vraiment savoir exactement pourquoi vous le refusez. (J’ai pas dit que j’étais logique dans ma tête)
illogique
Pourtant, identifier un frein c’est déjà la moitié du boulot de fait pour lever (ou le laisser tranquille si on n’a pas encore envie de le lever, zéro pression hein).
Et surtout, identifier ces freins permet de savoir si c’est pour nous un véritable frein, ou bien s’il s’agit juste de notre cerveau qui nous trolle pour ne pas avoir à faire l’effort du changement.

troll

Donc comment savoir quel frein est appelé quand on résiste à un changement ?
C’est assez simple. Je propose un petit jeu pour lequel il va falloir être hyper sincère avec vous-mêmes (sinon ça sert à rien). On va juste imaginer.
Pour le frein financier
Imaginons simplement qu’on a plus d’argent. Imaginez. D’un coup vous avez plein de sous.
Est-ce que du coup, on opterait pour l’alternative ZD (après s’être acheté un poney en or massif) ?
Si oui, le frein est bien économique/financier.
Soit on peut essayer de s’organiser (en revoyant son budget pour pouvoir vous permettre l’investissement de base d’une alternative -en retenant bien que les alternatives ZD sont très souvent amorties hyper rapidement), soit on accepte que ce n’est pas grave -parce que ce n’est pas grave ^^ chaque chose en son temps, chacun ses priorités et les poneys seront bien gardés.
Si non, c’est que l’argument financier n’en est pas réellement un … Le frein est ailleurs ! Peut-être en soi ?
xfiles

Mulder et Scully sont sur le coup.

Pour le frein socio-culturel
Imaginons simplement que l’on vit seul-e. Personne à la maison, seulement vous (et éventuellement votre chat ou votre lapin, s’ils ne sont pas du genre à vous juger silencieusement). Personne non plus autour de vous pour nous critiquer ou dire que nos trucs de bobo écolo hippie là, c’est tout moisi. La paix intégrale.
Ou alors, d’un coup tout le monde est d’accord avec vous !
On peut donc faire ce que l’on veut avec nos cheveux  avec nos alternatives zéro déchet, y’a personne pour nous casser le métatarse gauche avec des « naaaan mais moiii je veux paaaas c’est nuuuuul ton truuuuuc ».

Est-ce que du coup, on opterait pour l’alternative ZD ?
Si oui, le frein est bien socio-culturel.
Soit on entame un leeeent travail de déconstruction (soit sur soi, pour se détacher de l’opinion des gens ; soit en aidant son entourage dans cette démarche, tranquillou bilou) ; soit on se dit que pour le moment on n’est pas prêt à affronter le regard des autres, et c’est pas grave non plus. C’est difficile de sortir du lot, surtout quand on est dans un milieu pas du tout sensibilisé à ces questions : il est donc logique qu’on se sente mal. On en avait parlé dans cet article (mais aussi dans celui-ci).
Si non, c’est que l’argument socio-culturel (« je peux pas parce que ma famille/mon entourage … ») n’est qu’une façade. Le vrai frein est peut-être encore ailleurs !
Par exemple, ici je ne me sens pas encore d’emmener ma propre tasse à la cafétéria, par crainte des remarques ou jugements. Mais si d’un coup, j’avais des collègues entièrement d’accord avec moi, je n’aurais (très sincèrement) aucun problème à descendre déjeuner avec mon mur perso. Frein social.
 
Ou, pour en revenir à mon histoire de couverts en plastique du début de cet article (souvenez-vous c’était il y a 10 ans), je pourrais avoir de vrais couverts sur moi en toute occasion, mais j’ai un peu peur de la réaction des commerçants et de mon entourage si je sors ça … Frein social.
Pour le frein de situation/de contexte
Imaginons qu’on habite juste à côté d’un magasin qui fait tout en vrac, bio, et local en plus. Et de saison. Et avec des paillettes dedans (alimentaires, les paillettes).
Ou bien, imaginons que d’un coup on a plein de temps libre. Ou des journées de 48h.
Est-ce que du coup, on opterait pour l’alternative ZD ?
Si oui, le frein est bien lié à sa situation géographique ou à sa gestion du temps.
Du coup, soit on opte pour faire plus de chemin (mais c’est pas funky), soit on accepte de ne pas être parfait et on fait ce qu’on peut à côté. (Non, je vais pas vous dire qu’il faut déménager juste pour pouvoir acheter des graines de chia en vrac)
Niveau temps, soit on se dégage du temps en prenant sur autre chose (télé, repassage, …), soit on se simplifie un max la vie pour ne pas se surchager !
Mais encore une fois, identifier le frein permet aussi de savoir si on l’assume pleinement (et donc on ne culpabilise pas), ou si on se rend compte que c’est un argument derrière lequel on se cache.
Si non, c’est que l’argument géographique ou de temps n’est pas la vraie raison de nos réticences.
Par exemple, j’aimerais bien avoir un vrai compost pour recycler davantage mes déchets organiques, mais à Paris c’est pas possible (le lombricompost a ses limites). Frein géographique.
Ou alors, j’aimerais bien coudre moi-même certains trucs (sacs à vrac …) au lieu de les acheter, pour éviter les déchets liés à la livraison ; mais je pense que je n’ai pas le temps.
En vrai je pourrais me dégager un peu de temps pour ça, mais au final je pense que juste ça me soûle car je suis nulle en couture. Voilà, je décide de ne pas culpabiliser avec ça ^^ Mais le frein du temps est un faux frein, du coup.
Pour le frein psychologique
C’est le plus difficile à lever, car il relève de blocages très personnels, souvent assez profondément ancrés en nous.
C’est difficile de dire « aller venez on fait genre on fait totale abstraction de nos craintes« .
Donc là, c’est surtout le travail sur soi qui va jouer, ainsi que l’information objective. On peut faire évoluer ses opinions en les considérant d’un oeil objectif.
Exemple personnel : la douchette et la lingette lavable aux toilettes, pour remplacer le PQ.
Pour moi c’est niet, parce qu’une partie de moi trouve ça dégueu.
Sauf qu’au final, objectivement, je sais que l’argument ne tient pas. Il y a plein de pays au monde où c’est la seule manière de faire, et où l’utilisation du papier toilette est vue comme une aberration (à tout hasard, le Japon, et de nombreux pays du Moyen-Orient …).
Je sais que ça ne tient pas car objectivement, se laver est toujours plus hygiénique que juste … ouais, voilà quoi, passer un coup de papier sec.
Ce qui entre en jeu ce sont donc mes propres constructions mentales, basées évidemment sur ma culture et mon milieu social.
Une fois cela réalisé, il faut se laisser le temps de digérer le truc. Après, soit le frein saute, soit il ne saute pas, c’est pas très important au final (si on a envie qu’il saute, il sautera, mais ne pas en avoir envie n’est pas grave non plus !) ; ce qui est important à mon sens, c’est de comprendre pourquoi ce frein existe, l’identifier, pour pouvoir le supporter et l’argumenter.

Voilà voilà, cet article était donc sponsorisé par Psychologies Magazine (non).
Il m’a aidé à discerner diverses catégories de freins qui existent chez moi ; sans doute en existe-t-il d’autres !
Et vous, quels sont les freins qui vous empêchent d’avancer vers le zéro déchet ?